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WWGC2013 Issoudun, le débrief

Interview par la rédac' "Planeur Info" de l'entraîneur national Eric Napoléon.

Planeur Info : Bonjour Eric, tout d’abord bravo pour ces 2 belles médailles dont le titre de championne du Monde en 15m, ça fait quoi de gagner ?

Eric Napoléon : Ca fait toujours plaisir de gagner ! Mais là c’est particulier : gagner en 15m c’est comme gagner en Open avec Laurent Aboulin au Texas, c’est bousculer la suprématie allemande ! La concurrence est rude avec des Suzanne Schoedel (ndlr : présente au Texas, championnats du monde senior 2012) et Katrinn Senne (ndlr : engagée à Lüsse championnats du monde senior 2008) ! On est donc tout simplement fiers.

 

Si on remonte en arrière, la FFVV a toujours eu de bonnes pilotes féminines qui « scoraient » à titre individuel, mais il est vrai que la politique ministérielle sur la féminisation du sport dès 2004-2005 a relancé fort sur ce plan, en faisant un objectif majeur : développer une équipe ! La volonté de rassembler les femmes sur un championnat de France peut paraître décalée, on attend toujours que les filles se mesurent aux garçons. Mais d’avoir lancé ces regroupements leur a permis de se connaître, se motiver… Le début d’une dynamique, peut être que ça ne pouvait passer que par là ?

 

PI : Quand tu bosses avec les filles, est-ce que tu bosses différemment ?

EN : Au début, il m’a semblé important de me pencher sur le sujet : différence hommes/femmes. J’ai eu la chance de participer à des formations professionnelles à l’INSEP où le fonctionnement psychologique, mental et physiologique est décortiqué. Comme un bon élève, j’ai essayé d’expliquer, analyser et appliquer… Mais je me suis vite rendu compte qu’elles étaient des pilotes de planeur. D’ailleurs elles m’ont aidé à trouver la voie du style de management. Elles voulaient être gérées comme elles me voyaient faire avec les garçons. Pourquoi faire différent ?

Par contre, j'ai aussi remarqué que, même si elles ont besoin de plus comprendre les choses que les garçons au début, elles demandent ensuite d’avoir sur certains thèmes des prescriptions parfois bien plus fermées ! Exemple avec ce groupe : régler la charge alaire ou décider de prendre prendre le départ. Des décisions qui ne sont pas anodines sur le score de la journée!

Sur la base de ce que j’avais vu « dans les bouquins », et sécurisés par leurs besoins, leurs demandes, j’ai donc foncé avec les mêmes objectifs que pour les garçons : elles me connaissent bien, elles croient en mon expérience dans le domaine du vol en compétition, que ce soit au niveau purement technique comme stratégique. Elles avaient des objectifs forts, la confiance qu’elles me font permet de travailler dans une ambiance de confort rare et appréciable.

 

PI : Comment ça s’est construit cette saison ?

 

EN : Sélection du groupe fin septembre, la FFVV fait le choix d’aligner 9 pilotes. Octobre, à St-Auban nous organisons des regroupements où Laurent Aboulin intervient, un stage cohésion au CREPS de Vichy en mars. Ces périodes servent à confronter nos méthodes, nos façons de faire,… et les pilotes en sortent avec une meilleure connaissance mutuelle, gage de coopération, ils savent où ils vont. Un stage à St-Auban en avril permet de réamorcer la saison des vols. Un camp « plaine » est organisé à Issoudun avant Buno (ndlr : championnats de France 18m et féminin) avec l’équipe de France junior. Petite escapade d’Anne et Marilyne à Buno pour se confronter à l’élite masculine en classe 18m : hormis les phases de départ et d’arrivée, elles font aussi bien et Jutta remporte le championnat féminin. La FFVV met à disposition les planeurs dès cette période : Cirrus EA pour Magali, C12 pour Laetitia, Discus 2a CFM1 pour Amélie, ASG29 pour Anne. Les autres volent sur des machines de clubs ou privées : le DG300 de Sophie, ASG29 de Marilyne, Ventus2a de Jutta. L’Armée de l’Air et Nogaro fournissent deux LS8 à nos deux Céline, merci ! La routine des championnats du monde, je la met en place dès la période d’entraînement : briefing de l’équipe avant le briefing général puis briefing « course » pour élaborer la tactique du jour. En piste, derniers réglages pour armer, valider, adapter. En vol, relation avec la radio où je suggère, propose, dit les choses. La fin de journée est marquée par l’écoute individuelle des pilotes et débriefing par classe. Tout cela vole parfois en éclat avec les vaches, mais c’est la colonne vertébrale de fonctionnement du groupe, structurante.

 

PI : Le groupe est forcément plus étoffé qu’un groupe masculin avec la présence d’enfants notamment, comment cela se gère sur la longueur ?

EN : Je savais que le groupe serait conséquent : 9 pilotes, 9 équipiers au sol, plutôt des compagnons en fait, maris ou parents, plus 4 enfants, 2 nounous en relais : Boris et Florine… et moi ! J’espérais bien trouver une personne pour assurer la logistique restauration en plus, pas trouvé ! Mais c’est assez peu comparé aux allemands qui fonctionnent avec : un team captain, un coach, un météo, un webmaster, 11 pilotes,… ! Néanmoins ça s’anticipe et c’est dès Issoudun 2012 que j’avais repéré l’endroit « idéal » pour se loger.

Dans les études sociales de vie de groupe, 15 jours c’est souvent la limite, nous c’est une semaine de plus. Il faut donc prévoir large, de l’espace, des horaires de rencontre, des moments de liberté, et réguler ! L’hébergement a contribué à la réussite, 2 cuisines, des équipiers engagés pour servir, cuisiner, je ne peux que les remercier avec force : Christophe et Christophe, Yann, Stef, Geoffrey, Christian, Jean-Christophe, Daniel et Thierry. Un sacré boulot avec du bon, du produit local, dans une ambiance décontractée. Il y avait une vraie compétition sur les menus ! Ces petites touches ont forcément aidé à la vie du groupe et son maintient sur la longueur.

 

PI : Est-ce que le site de la compétition, chez « nous », dans le Berry, faisait de vous des favoris ?

EN : Oui et non ! Pourquoi ? Parce qu’Issoudun est une plateforme idéale, « ze » plateforme pour les championnats, et la FFVV ne s’y trompe pas : le club y organise de nombreux championnats de France et internationaux. Les filles connaissent donc l’espace aérien, l’orientation, le sol, c’est un atout. Cependant, les anglais pratiquent souvent ce site : Gillian Spreckley habite La région ! Elle est donc encore plus la « locale de l’étape » que nous. Pour les autres, ça reste de la plaine, à l’image de la plaine de Leipzig ou Leszno… Et puis, jouer à domicile, c’est parfois vouloir briller trop, se mettre donc une pression en plus qui souvent est néfaste. Donc oui c’est un atout pour le vol à voile, et non ce n’est pas un atout pour le côté psychologique et mental.

 

PI : Certaines pilotes ont très peu volé cette année pour se préparer, que leur as-tu proposé pour être présente au rendez-vous ?

EN : Pour moi, un pilote qui a 600 heures peut gagner des championnats du monde ! Attention, cela veut juste dire qu’on a, chez certains pilotes, déjà le potentiel suffisant et l’expérience pour bien monter, bien transiter. Cependant, plus on s’entraîne, plus on progresse, plus on est efficace, plus on a d’aisance pour se concentrer sur d’autres tâches... Alors, il faut parfois compenser, et pour certaines, la météo de début de saison ne leur a pas permis de s’entraîner, quand bien même elles étaient disponibles : Romo Air 2 vols !…

Alors, sur quoi se raccrocher ? Le réglage de la machine est primordial : ôter les doutes pour une relation Homme-Machine optimale, connaître ses abaques de ballastage, la compensation avec le ballast de dérive du planeur... Ensuite, se donner de la confiance : être appliqué, concentré, à l’écoute pour ne rien rater bêtement. La méthode de préparation du vol, avec la carte, l’imagerie du vol, l’utilisation du matériel embarqué, l'intellectualisation et l'application de la stratégie décidée en fonction de la situation aérologique, la tactique avec les concurrents, les différentes solutions, avoir des réponses, bien anticiper les menaces liées à la sécurité des vols. L’entraide prend également toute son importance dans le groupe dans ces conditions : de l’entraide au sol, des infos claires en l’air. Les équipiers au sol ont aussi un rôle majeur : le matériel c’est eux, ainsi que toutes les tracasseries de l’accastillage, l'électricité à bord…

Les ingrédients sont tous là pour le jour J, mais ça ne remplacera pas un bon affûtage lors d’une compétition de préparation quelques semaines avant.

 

PI : Est-ce que tu crois qu’elles ont le même niveau que les garçons en équipe de France ?

EN : En terme de vol à voile, oui ! Par contre, elles ne tentent pas le diable : elles se révèlent très engagées et motivées tout au long du vol, mais sont pour certaines plus conservatrices que les garçons sur des phases particulières. Notamment dans les départs et les arrivées où elles sont moins « joueuses ».

Et, dans les situations aérologiques actuelles, ce mode de vol est adapté, globalement sur une durée longue de championnat! Car, réussir, c’est un savant mélange d’attaque et de défense. La différence entre attaquer au cordeau et voler un peu « juste » ne rapporte pas beaucoup, au mieux une centaine de points. Par contre ne pas rentrer le soir, se vacher en cours de course ou faire des points bas à répétition coûte très cher, et certaines sont encore dans cette étape de progression ! En tout cas, avec celles qui performent actuellement, on a trouvé ce bon réglage.

 

PI : Tu peux nous raconter le dernier jour en 15m ?

EN : Le matin, nos positions sont : Anne 2ème à 10 points de Suzanne Schoedel (GER), Jutta 3ème, Marilyne 5ème. La météo du jour est poisseuse, au tour de France ils vont avoir chaud… Notre objectif est clairement défini : Anne doit reprendre 10 points à Suzanne, Jutta doit conserver sa position voire passer 2ème, et Marilyne passer 4ème, le podium étant un peu trop loin. Il faut donc maîtriser la course et les conditions de vol sont mauvaises : vent et plafond bas.

On a choisi de partir tard en sachant que les 2 allemandes Mühl et Senne partiraient devant et que Schoedel marquerait Anne pour conserver ses 10pts d’avance… Nos françaises volent mieux dans ces conditions météo, elles partiront derrière. Ca se passe exactement comme prévu : les 2 allemandes partent, quelques échanges radio, Schoedel est dans la queue des françaises, je leur demande de faire comme si elle n’était pas là. Les filles restent haut, appliquées, méthodiques. Les embrouilles commencent sur la branche de retour, face au vent… fort ! Plusieurs planés de 700 à 350m sol, Marilyne et Jutta sont devant, ça avance, ça cherche. Marilyne monte et se met sur le plan. Jutta ne prend pas la bulle de Marilyne, 150m sol, c’est la vache. Pendant ce temps, Anne est Suzanne essaient de rester en l’air et à ce petit jeu, Anne réussit à monter, Suzanne un peu plus basse doit dégager et chercher autre chose, rien... Les 2 françaises passent fréquence arrivée à tour de rôle, Amélie est avec elles en arrivée pour ce dernier plané du championnat. C’est l’explosion de joie au sol une fois la verrière ouverte : il est clair qu’Anne est championne du monde. On est tous réjouis, mais tristes aussi pour Jutta, le triplé était à portée d’aile, elle le méritait. A 22h, le déloggage final annonce Marilyne 2ème, 4 pts devant Katrinn.

 

PI : Quel est ton avis sur la performance du reste du groupe ?

EN : Je suis, en tant qu’entraîneur, très déçu pour Jutta : elle avait fait un très bon championnat. Elle aurait dû terminer sur une marche du podium ! J’imagine encore que le 1, 2, 3 était possible, j’en reste persuadé.

J’attendais mieux aussi de la part des standards les plus expérimentées, Céline et Amélie, mais qui, comme je l’avais remarqué dès avril (ndlr : stage d'entraînement sur le site d'Issoudun), ont eu du mal à ne pas tomber, à rentrer ! Trop souvent, trop de points bas, trop de vaches, malgré tout le travail qu’elles fournissent chaque jour, leur volonté de bien faire… Déçu pour elles, déçu pour nous, car on est à la recherche de pilotes compétitives en standard, on est loin du compte par rapport aux ténors de la catégorie, 1400 à 2000pts de retard, il reste du travail ! La « grande » Céline (ndlr : Gantié) s’est plutôt bien défendue pour une première participation.

Côté club, Sophie a trouvé un réel plaisir au système mis en place, cependant elle part avec un planeur magnifique mais peu adapté à cette classe (ndlr : un DG300). Ses coéquipières, plus expérimentées à ce niveau de compétition, avaient leurs chances, elles l’ont prouvé. Laetitia a bien entamé la compétition, mais la gestion de ce niveau international a fini par l’user. Quant à Magali, elle a passé un cap, elle est devenue un compétiteur, elle a définitivement sa chance aux prochains championnats.

 

PI : A quand une pilote féminine en équipe mixte senior ?

 

EN : Anne est championne du monde, elle est donc invitée en 15m pour les prochains championnats du monde senior à Leszno du 21 juillet au 10 août 2014 ! Tout comme l’avait été Nathalie Hurlin lors du mondial senior 2010 à Prievidza (ndlr : Slovaquie). Plus globalement, doit-on oser mettre une fille dans une équipe senior, voire une paire qui « va bien » ? Et bien certainement oui vu leur niveau. C’est le rôle de notre comité de sélection fédéral de se poser ces questions, « peut-on décrocher des médailles avec ces filles ? », le système de sélection « à la française » permet cette ouverture.

 

PI : Un dernier mot sur l’organisation de ce Mondial ?

EN : C’est un peu mon club Issoudun, je trouve que l’environnement nature et humain a de « bonnes vibrations ». L’équipe est solide, sous l’œil vigilant du chef de file Jean-Philippe (ndlr : Rogier, le pdt du club), qui a bien pris en compte les prérogatives de ce genre évènement. Pascal (ndlr : Lefèvre, chef pilote du club), c’est l’âme de cette plateforme, avec ses amis Guillaume, Philippe, Marie-Christine, Jean-François, Mireille, Laura, Ludwin et Lieve, et tous ceux que j’oublie, je m’en excuse. Ils créent un environnement où tout est possible. Cette équipe a été renforcé par des acteurs professionnels, Roger, Brian, Brigitte, Benjamin qui ont su s'appuyer sur tout ce potentiel pour produire un championnat de grande qualité : bravo !

 

En Savoir +

Les résultats : http://soaringspot.com/wwgc2013/

 

 

Le site du club d’Issoudun : http://www.aeroclub-issoudun.fr/

 

 

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Saint-Auban // CNVV aérodrome 04600

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